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Yerodia Ndombasi : “Je refuse que vous soyez mort… !”(Magloire Paluku)

UN BILLET D’HOMMAGE DE MAGLOIRE PALUKU

Cher camarade Excellence Yerodia ; Vous étiez l’un des plus grands philosophes et psychanalystes du pays. Vous étiez parmi les plus jeunes politiciens et étudiants Congolais à Paris depuis les années 1950. Docteur en philosophie et psychanalyste Freudien, vous êtes né le mercredi 05 janvier 1933 et nous avons appris votre décès le mardi 19 Février 2019 ! Vous étiez une symbiose naturelle entre le Sénégal et la RDC dans un régime matriarcal des NeKongo. Une histoire d’un arc-en-ciel bicolore.

Cher camarade Excellence Yerodia : Vous vous étiez lancé dans la politique pour venger la mort de Patrice Emery Lumumba depuis 1961. Vous accompagnez Laurent-Desiré Kabila et Che Guevara dans le maquis de Fizi-Baraka, Hewa-Bora, Wimbi Dira lancé depuis le mardi 24 Octobre 1967. Après la prise du pouvoir par Laurent-Desiré Kabila, vous devenez directeur de cabinet du chef de l’Etat, ministre des affaires étrangères et après l’assassinat du chef, en janvier 2001 vous êtes vice-président de la république !

Vous voilà donc trahit par l’âge et le destin décidé de votre bouche de lutter pour qu’un jour vous méritez d’aller reposer à côté des cendres de Mzee Kabila.

Je refuse que vous soyez mort ! Nous refusons que vous soyez mort ! Vous l’aviez aussi dit quand Laurent-Désiré Kabila est mort. Vous qui étiez à jamais habité par une blessure narcissique de son assassinat, par une larve qui s’était glissée entre vos poitrines.

C’est donc ça la mort ? C’est donc cela mourir que vous soyez là dans une chambre froide en silence ?! Les gens vont écrire, les gens vont parler, les gens vont vous regarder et rentrer dans vos souvenir sans que vous ne puissiez lire, ni écouter, ni entendre ,ni jamais répondre.

L’un de vos fils adoptifs est devenu aussi député national. C’est le jeune Kadogo Josué Mufula, que vous aviez ramené à l’école. Heureusement que vous, le sénateur Yerodia, vous avez engendré un député, un ancien enfant soldat que vous ne connaissiez ni de père ni de mère, mais il est à jamais un honorable forgé par votre humanisme.

Vous êtes en silence, cher camarade, loin de vos années Parisiennes quand, avec vos amis et maitres Jacques Lacan et Chou En-Laï vous vous êtes marié à Gloria Gonzales, la fille d’un républicain Espagnol.
Vous êtes aussi dans les souvenirs vivants de votre ami Laurent-Desiré Kabila que vous aviez vu pendant vingt ans de maquis changer de noms ,tantôt Raoul, tantôt Christopher ,tantôt Collins Ntwale…afin d’échapper aux services secrets capitalistes. Le drapeau rouge du Parti de la Révolution du Peuple est aussi dans ce métrage en « quitness » qui vous fait l’acolyte .

Cher camarade Excellence Yerodia, la lune était pourtant pleine dans l’hémisphère Sud le jour de votre mort ! Votre petit prénom de « Abdou », vos cigares cubains rappelant le Che, votre gilet révolutionnaire et les noix de colas que vous aviez toujours en forme de mariage idéologique ; ne quitteront jamais nos mémoires.
Votre passage à la 54eme assemblée générale des Nations-Unies en 1999, pour dénoncer l’invasion de la RDC par des « pachydermes venus des collines » , avait poussé la naissance de l’accord de Lusaka. L’accord de siège que vous nommiez Accord de Sofa a harmonisé la sentinelle de la Monuc devenue Monusco.

Quand le juge belge, Damien Vandermeersch avez lancé un mandant d’arrêt international contre vous, pour avoir traité les envahisseurs de la RDC de « vermines » ; c’est avec colère et humour que vous l’aviez qualifié de juge « Vendeur des Mèches ». Deux ans après, la Belgique avait été déboutée avec son doit d’ingérence. Vous êtes devenu vice-président de la république et chaque année avec larmes et point levé de la main droite, vous alliez renouveler votre fidélité au mausolée de Laurent-Desiré Kabila, votre président.

Cher camarades Excellence Yerodia, vous partez ainsi rejoindre vos amis révolutionnaires. Au sénat Congolais on va pleurer celui qui n’avait jamais porté une veste et qui n’avez jamais appelé, de bon cœur, le patron de ce sénat, président. Vous êtes resté le plus rebelle des orphelins de la révolution .

Adieu cher patriarche, adieu l’homme au grand cœur, adieu le plus controversé ministre « Afdelien », adieu le défenseur des pauvres, adieu le plus fidèle de nous tous, mais surtout ; Au revoir ! Salutations patriotiques à ceux qui, comme vous, avez défendu la république et qui avaient prédit un avenir radieux de la RDC.

MAGLOIRE PALUKU