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Autopsie de la menace contre le Prix Nobel de la Paix 2018 le Docteur Denis Mukwege

L’homme Mukwege
Tout en étant déterminé, persévérant et résolu dans tous ses engagements, l’homme est une personne posée et calme, dotée d’une capacité d’écoute qui impressionne ses interlocuteurs. Denis Mukwege est profondément un homme de paix pour qui le connaît, témoigne le docteur en philosophie éthique et politique de L’Université de Genève en Suisse, Roger Buang Puati.

La cause du peuple congolais le préoccupe au plus haut point et l’espérance d’une paix durable dans la région des Grands-Lacs africains habite son discours et ses actes. Mais il sait aussi que la paix n’est pas une donnée immédiate dans une région qui a connu la pire tragédie de notre histoire récente. Il touche de ses doigts les crimes commis dans cette guerre interminable que connaît la République Démocratique du Congo. Il est donc plus qu’un témoin oculaire qui a pris en charge des dizaines de milliers de femmes violées et saccagées dans l’intimité de leur corps. Si on n’intègre pas cette dimension dans la quête quasi obsessionnelle de justice de cet homme, on ne peut rien comprendre à son combat. Le sang, les larmes, les cris, le désespoir des victimes, le Docteur Denis Mukwege les voit et les entend tous les jours depuis plus de 20 ans. En homme compassionnel, comment ce témoin vivant pourrait-il envisager que rien ne se fasse pour rétablir dans leurs droits et dans leur dignité les victimes qu’il côtoie chaque jour en tant que praticien de la médecine ?
Rien de la souffrance du peuple congolais ne le laisse indifférent, quel que soit l’endroit où se passe les massacres devenus répétitifs en RDC. En Ituri, à Beni, dans les deux Kivu, au Kasaï, au Tanganyika ou au Kongo-Central, le Docteur Mukwege a toujours pris la parole pour dénoncer les crimes et souvent proposer des solutions pour faire cesser les tueries en RépubliqueDémocratique du Congo. Il est, de ce point de vue, devenu la voix des sans-voix, le porte-voix des petits et des faibles.

L’enlaidissement du Congo et l’insupportable brillance de Denis Mukwege

Le projet d’envahir la RDC a été élaboré par quelques pays voisins avec des objectifs intermédiaires qui devaient aboutir à un but final : l’enlaidissement du Congo. Les envahisseurs ont décidé qu’il fallait : infiltrer et paralyser l’armée et les services de sécurité de la RDC, vassaliser les leaders politiques qui doivent être adoubés par eux, pilotés et manipulés par eux, détruire le système économique de la RDC au profit d’une économie de prédation des minerais et de corruption, produire un discours dégradant contre le peuple congolais (BMW: Beer, music & women). Tout faire pour que tout ce qui est congolais apparaisse comme laid, dépourvu d’intérêt et bête. L’enlaidissement de l’image de la RDC et le dénigrement des Congolais concourent à un seul but : montrer aux soutiens extérieurs des agresseurs que le Congo est un pays perdu, tel qu’il se présente aussi bien géographiquement que politiquement et convaincre ces mêmes soutiens que les Congolais sont incapables de diriger leur propre pays et que le leadership de ces voisins est nécessaire dans la région. Et certains dirigeants sont tombés dans le panneau et ont accueilli ce discours.

Ce qui n’avait pas été prévu par ces planificateurs c’est la nobélisation d’un fils du Congo. Une étoile, Denis Mukwege, est née en décembre 2018. Congolais de la RDC, Denis Mukwege est devenu Prix Nobel de la paix et donc démenti en chair et en os de l’image déformée que les envahisseurs s’efforcent à façonner sur notre pays et de notre peuple. Dès lors, il ne s’agira plus de ce que fera le Docteur Denis Mukwege qui lui attirera des ennuis, mais ce qu’il est devenu pour la RDC et pour le monde.

La RDC, enchaînée aux plans politique, militaire, sécuritaire et économique, plus personne ne se permet encore d’élever la voix contre les massacres que les nouveaux maîtres commettent sur les populations congolaises. Ceux qui osent dire quoi que ce soit sont illico presto réduits au silence à jamais. C’est radical. Silence, on massacre en RDC !

Mukwege ou l’eau dans le gaz
Cette machine à tuer, qui tourne à fond et en toute impunité depuis plus de 20 ans et sans aucune difficulté, se heurte maintenant à une voix qui porte, celle de Denis Mukwege. Mais il est Prix Nobel de la Paix. Alors l’entreprise criminelle, pour mieux enlaidir la RDC, va demander, sans crainte du ridicule, le retrait de cette distinction mondiale à Denis Mukwege, une couronne trop brillante pour la RDC qui désormais attire trop l’attention de la communauté internationale sur la « grande oeuvre » des criminels. Mukwege est le grain de sable qui vient gripper la machine de massacrer en secret. Il faut le traîner dans la boue, le déshumaniser avant de le « liquider ». Mais, comme l’écrit Sartre : « L’impossible déshumanisation de l’opprimé se retourne et devient l’aliénation de l’oppresseur : c’est lui, c’est lui-même qui ressuscite par son moindre geste l’humanité qu’il veut détruire ; et, comme il la nie chez les autres, il la retrouve partout comme une force ennemie. Pour y échapper, il faut qu’il se minéralise, qu’il se donne la consistance opaque et l’imperméabilité du roc, bref qu’il se « déshumanise » à son tour. »

En tant que Congolais, offrons notre soutien et notre protection à Denis Mukwege, face dorée de notre peuple asservi et chosifié qui doit se libérer sans délai. A Denis Mukwege nous disons : vous n’êtes pas seul; jamais vous ne marcherez seul. L’aigle doit continuer de sillonner le ciel, pendant que les grenouilles coassent dans les marécages. La lumière brise les ténèbres, mais les ténèbres ont peur de la lumière. Tenez votre lumière allumée ! Conclut Roger Buang Puati également pasteur de l’Eglise Réformée à Lausanne et chargé de cours à la Haute Ecole d’Etudes Sociales et Pédagogiques de Lausanne.

Valéry Mukosasenge