Dans plusieurs quartiers de la ville de Beni, les chefs de cellules jouent désormais un rôle central dans la résolution des conflits familiaux et sociaux. Face à une justice souvent jugée lente, coûteuse et difficile d’accès, de nombreux habitants préfèrent se tourner vers ces autorités de proximité pour trouver rapidement des solutions pacifiques à leurs différends.
Dans les ménages en crise, les chefs de cellules sont régulièrement sollicités pour intervenir comme conseillers et médiateurs. Grâce à leur présence permanente dans les quartiers et à la confiance que leur accordent les habitants, ils parviennent souvent à réconcilier des couples en désaccord et à calmer les tensions entre voisins.
« Oui, quand on a une mésentente avec mon mari, on appelle le chef. Il nous prodigue des conseils et nous nous réconcilions. Le chef est très important parce que dès qu’il arrive, tout va bien », témoigne une habitante.
Un autre résident souligne également l’importance de ces autorités locales dans la gestion des conflits sociaux et sécuritaires :
« Les chefs nous aident, nous recourons à eux pour la médiation. Quelqu’un était venu m’agresser et c’est lui qui était intervenu en premier. Tous les rapports lui parviennent. »
Pour Busa Vincent, chef de la cellule Kitchanga dans le quartier Cité Belge, commune de Bungulu, la médiation sociale fait partie des missions essentielles confiées aux chefs de base. Il explique que leur rôle consiste avant tout à rapprocher les parties en conflit afin de préserver l’unité des familles et la cohésion communautaire.
« En cas de conflit conjugal, l’épouse peut venir solliciter notre médiation. Nous intervenons en termes de conseils, car notre travail est d’unir et non de diviser les familles. Nous intervenons aussi dans la sécurité et la résolution des conflits entre voisins. Plusieurs foyers retrouvent la paix grâce à nos interventions. Souvent, les familles viennent nous remercier après leur réconciliation », affirme-t-il.
Malgré leur implication active, plusieurs chefs de cellules reconnaissent toutefois ne pas disposer d’une formation spécialisée en médiation ou en gestion des conflits. Une situation qui, selon certains observateurs, mérite l’attention des autorités afin de renforcer les capacités de ces acteurs communautaires devenus indispensables dans les quartiers.
Grâce à leur proximité avec la population et à leur disponibilité, les chefs de cellules apparaissent aujourd’hui comme de véritables artisans de paix locale. Leur action contribue progressivement à restaurer la stabilité dans de nombreux foyers et à renforcer la cohésion sociale au sein des communautés de Beni.
Cet article est produit dans le cadre du projet « Renforcement des capacités des journalistes et médias du Nord-Kivu sur le journalisme de paix pour la cohésion sociale ». Un projet exécuté par l’Union Nationale de la Presse du Congo, section du Nord-Kivu, avec l’appui de la Direction du Développement et de la Coopération, DDC Suisse.
A travers ce projet, l’UNPC Nord-Kivu vise à transformer le rôle des médias, passant de simples observateurs ou rapporteurs à des véritables catalyseurs de la paix et de la cohésion sociale.
Mady NZENZA ILONGO