Depuis la chute de Goma fin janvier 2025, le visage de la gouvernance au Nord-Kivu a radicalement changé. Repliées à Beni, devenue capitale provinciale de circonstance, les institutions provinciales ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes. Au cœur de ce dénuement : les députés provinciaux, privés d’émoluments depuis près de dix mois, basculent dans une précarité sans précédent.
Des élus sous menace d’expulsion
Le prestige de la fonction a laissé place à l’angoisse du lendemain. Pour ces élus, le quotidien à Beni est devenu un combat pour la survie. Sans salaire pour couvrir leurs charges, beaucoup font face à des menaces d’expulsion imminentes.
« Nous avons passé plus de neuf mois sans percevoir nos émoluments », confie un élu sous couvert d’anonymat. « Comment payer nos loyers ? Comment nourrir nos familles en exil ? L’État nous a déplacés, mais il nous a oubliés. »
Une économie de guerre asphyxiée
Cette crise financière n’est pas le fruit du hasard. Elle est la conséquence directe de l’asphyxie économique de la province. Avec l’avancée de la rébellion de l’AFC-M23, les principales recettes publiques se sont volatilisées.
Zones sous occupation : Perte totale de contrôle sur les flux douaniers et fiscaux.
Insécurité persistante : Paralysie des échanges commerciaux vers les grands centres.
Budget de crise : Priorité aux opérations militaires, reléguant le fonctionnement des institutions au second plan.
Le cri d’alarme vers Kinshasa
Face à cette déchéance sociale, les élus provinciaux ne voient plus qu’une issue : l’intervention directe du pouvoir central. Ils exigent non seulement le paiement immédiat des arriérés, mais aussi une aide d’urgence liée à leur statut de déplacés.
Pour ces représentants du peuple, il ne s’agit plus seulement de confort, mais de dignité et de la capacité même à exercer leur mandat au moment où la province a le plus besoin de leadership.
Par Marasi Bénédicte Zoé