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Beni-Ebola : Elles ont bravé la peur pour sauver des vies humaines (Nord-Kivu)

De Gauche à droite, Adeline, Zoé, Espérance dans des différentes activités de la riposte d’Ebola à Beni

Confrontée à la guerre depuis plus d’une décennie, la ville de Beni (Nord-Kivu), dans l’Est de la République Démocratique du Congo,  fait face à l’épidémie de la maladie à virus Ebola (Mve) depuis Août 2018. Dès les premières heures de l’annonce de cette urgence sanitaire, toutes les couches sociales se sont liguées pour endiguer cette maladie.

La femme, étant au centre de la société, s’est levée et participée dans la riposte de cette épidémie. Malgré les menaces de tout genre contre elle, elle s’est montrée persévérante en restant ferme dans son engagement de combattre Ebola. Comment est-elle arrivée ? Que nous enseigne son courage ? Ces questions sont répondues par quelques femmes leaders et citoyennes ordinaires rencontrées à Beni, qui ont travaillé efficacement au côté des équipes de riposte de la maladie à virus Ebola.

« L’engagement n’a pas été facile au début »

Espérance Kazi de l’Ong OGOL, en pleine sensibilisation avec les élèves.

Esperance Kazi, coordonatrice de l’organisation One Girl, One Leader (OGOL) s’est engagée dans la riposte d’Ebola. Elle s’explique qu’au début, la sensibilisation n’a pas été facile vue le contexte dans le quel la maladie est survenue.

« Il fallait prendre plus de temps pour faire comprendre à la communauté que la maladie existe. Vous savez la région de Beni est différentes d’autres régions de la Rdc où Ebola a frappé. Ici, les gens sont fatigués par l’insécurité et la conséquence, les gens n’ont plus confiance aux autorités administratives. Les massacres des civils qui ont duré presque 5 ans ont affaibli la collaboration entre les administrateurs et les administrés », confit-elle. 

Malgré cette situation, Espérance Kazi a initié son organisation pour adapter la sensibilisation.

« Nous avons monté certaines stratégies qui s’adaptent avec le contexte de Beni. Nos sensibilisations se sont orientées à une catégorie de gens dont  les jeunes filles œuvrant  dans des associations, dans des écoles et  dans les ménages. Nous avons initié des dialogues avec notre cible surtout, montrer que la maladie à virus Ebola, est une autre forme d’insécurité que nous devons combattre à l’instar des massacres », explique-t-elle.

Grâce au courage de son organisation, Esperance Kazi a décroché un partenariat avec l’Unicef dans le cadre de renforcer la sensibilisation. Elle a basculé des dialogues « au pièces théâtrales, des visites guidées des journées portes ouvertes au Centre de Traitement d’Ebola » pour élaguer selon elle « les stéréotypes et préjugés vis-à-vis du CTE ».

Malgré que l’épidémie ne soit pas déclarée vaincue, Espérance Kazi se réjouit de voir « la diminution de cas positif d’Ebola et la compréhension de la population » grâce au courage  de plus de 300 membres, jeunes filles et garçons de son organisation, qui se sont engagés dans la sensibilisation afin d’endiguer l’épidémie d’Ebola.

« Bannir le rite traditionnel pour sauver des vies »

Adeline Lukuba, lors d’une séance pratique pendant la formation sur les enterrements dignes et sécurisés (EDS).

Dans la région de Beni tout comme dans d’autres régions africaines, les enterrements sont toujours réservés aux hommes. Mais dans une situation d’urgence comme celle d’Ebola, il a fallu des volontaires pour aider les équipes surtout dans l’enterrement digne et sécurisé (EDS). Une femme, d’ores et déjà du mouvement Croix-Rouge RDC a accepté de « Bannir le rite traditionnel pour sauver des vies », en s’engageant dans la commission d’EDS.

Il s’agit d’Adeline Lukuba, une trentaine environ, conseillère en gestion des catastrophes au sein de la Croix-Rouge Rdc, section de Beni. Dans plusieurs rapports du secrétariat technique de la Riposte ainsi que de l’ancienne coordination, les équipes d’enterrement digne et sécurisé ont été souvent victime des attaques des groupes des résistants. Malgré cette situation, Adeline Lukuba a bravé la peur, en acceptant des sauver des vies.

« J’étais motivée par les séances formatives sur la transmission de la maladie à virus Ebola. Un corps sans vie présente des grands risques qu’un malade vivant. Alors, je me suis décidée de travailler dans la commission de l’Enterrement digne et sécurisé », explique-t-elle.

Adeline Lukuba savait qu’elle ne sera pas bien acceptée dans la communauté.

« Il m’a fallu du temps pour faire comprendre à ma famille, les membres de la communauté et mes amies ma détermination de travailler dans la commission Eds, qui était souvent victime des attaques. Je me suis lancée dans la sensibilisation et souvent mes proches n’étaient d’accord avec moi par ce que dans notre région, une femme ne peut pas enterrer. Mais je les ai convaincu de ma ferme détermination et surtout du travail que nous faisons dans la Croix-Rouge basé sur la non discrimination ».

Cette femme a donc joué deux rôle dans la riposte d’Ebola, celle de sensibilisatrice et aussi de s’occuper de l’enterrement digne et sécurisé.

« La population ne comprenait pas. Elle disait que nous venons bannir les rites consacrés aux cérémonies funéraires. C’est pourquoi, nous nous sommes lancés dans la sensibilisation en faisant participer les membres de la famille qui a perdu le leur dans toutes étapes de l’enterrement digne et sécurisé », laisse entendre Adeline Lukuba.

« La Patience l’a emporté  »

Zoé Kyavaghendi, en pleine séance de sensibilisation avec les jeunes du quartier Malepe.

Ebola suscitait beaucoup de débat au sein de la communauté, et il y avait autour de cette épidémie beaucoup de fausses informations, la population se fiait plus aux rumeurs au point que les équipes de la riposte n’étaient pas les bienvenues. La population, déjà meurtrie par la guerre ne savait pas quelle position prendre face à cet ennemi sanitaire.

 Zoé Kyavaghendi, travaille depuis Août 2018 dans la commission communication au sein del’Organisation Mondiale de la Santé (Oms)à Beni. Elle a pour rôle de sensibiliser la communauté enfin qu’elle s’engage dans la lutte contre EBOLA. 

«  Tout au début de l’épidémie, mon équipe et moi œuvrions dans un quartier en proie de l’insécurité, on avait du mal à atteindre toute la contrée car c’était une zone rouge.  Mais nous étions déterminés et la population a vite compris et accepter notre message, plus vite elle s’est engagée. Ensemble avec la population on alertait le plus vite possible sur les cas suspect ainsi que sur les décès communautaire, et grâce à cette collaboration cette zone a été la première à ne plus enregistrer de nouveau cas, et j’en suis fière », a fait savoir Zoé Kyavaghendi.

« Que nous enseigne ces témoignages »

Dans une zone Beni, il est difficile de sensibiliser la population meurtrie par la guerre où toute la confiance avec les dirigeants est quasiment inexistante. La diminution des cas positifs grâce à l’engagement communautaire de population prouve en suffisance que les équipes de riposte mérite tous les remerciements du monde parmi lesquelles, se trouvent de femmes braves à l’instar d’Espérance Kazi,  Adeline Lukuba, Zoé Kyavaghendi et d’autres femmes qui se sont engagées dans l’éradication d’Ebola. Leur courage nous enseigne prouve leur sens relationnel de redevabilité et du Genre.

Dans la société africaine, la femme est considérée comme un être faible. Majoritairement, elle ne vit que sur une base solide de restriction. Souvent ces restrictions ont été édictées par les croyances, les us et coutumes, les doctrines religieuses et l’homme lui-même. Mais l’engagement communautaire des femmes dans la riposte d’Ebola, a enseigné aux restes de la communauté que la femme est capable d’exprimer et de montrer sa détermination surtout dans ce travail de sauver des vies et dans des conditions difficiles.

Ces femmes émancipées engagées dans la riposte avec toutes les équipes méritent les encouragements de tous. Je reprends ici, les propos du Directeur de l’Organisation mondiale de la santé (Oms), le Dr Tedros au cours de sa visité à Goma le 1er Décembre 2019.

« Je suis venu ici aujourd’hui pour être à vos côtés, mes sœurs et mes frères, et pour rendre hommage à votre empathie et à votre courage dans un moment aussi difficile », a déclaré le Docteur Tedros au cours d’une visite à Goma, la capitale de la province de Nord-Kivu. « Vous avez risqué votre vie pour protéger la santé et le bien-être d’autres personnes. »

Lire aussi :

https://www.who.int/fr/news-room/detail/01-12-2019-who-director-general-praises-bravery-of-health-workers-during-visit-to-eastern-democratic-republic-of-congo-following-fatal-attacks-on-ebola-responders

Oui la vie est protégée, Ebola est en train d’être vaincue. Les chiffres de ce 24 Avril 2020, la date de la rédaction de cet article, en est la preuve. « Jeudi, le 23 Avril 2020, Depuis le début de l’épidémie, le cumul des cas est de 3.461, dont 3.316 confirmés et 145 probables. Au total, il y a eu 2.279 décès (2.134 confirmés et 145 probables) et 1.169 vainqueurs  (personnes guéries, ou survivants) ; 208 cas suspects en cours d’investigation ; Aucun nouveau cas confirmé n’a été enregistré ; Aucun nouveau décès parmi les cas confirmés », peut-on lire dans bulletin de la situation épidémiologie du secrétariat technique de la riposte d’Ebola du 24 Avril 2020.  

Nicole LUFUNGI