Polémique sur le cannabis médical : le gouvernement fixe les règles et défend sa stratégie agricole
Face aux inquiétudes exprimées par le député national Carly Nzanzu Kasivita sur les risques sécuritaires liés à la promotion du cannabis médical dans le Grand Nord, le gouvernement central brise le silence. Dans une correspondance officielle datée du 20 août 2026, le Ministère de l’Agriculture et de la Sécurité Alimentaire clarifie le cadre légal applicable et assure que la priorité demeure la souveraineté alimentaire et la relance des filières agricoles traditionnelles.
L’alerte lancée par l’élu de Beni portait notamment sur les conséquences potentielles d’une campagne de promotion du cannabis dans une région déjà confrontée à de lourds défis sécuritaires. En réponse, le cabinet du Ministre d’État, Ministre de l’Agriculture et de la Sécurité Alimentaire, rappelle que la RDC dispose d’un cadre juridique encadrant strictement la culture des stupéfiants à des fins médicales et scientifiques.
Le ministère fait notamment référence à l’arrêté ministériel de novembre 2022, qui soumet ce type de culture à un régime d’autorisation et de contrôle rigoureux. Il met ainsi en garde contre toute « récupération ou spéculation malencontreuse » autour de cette question.
Une concertation avec le Ministère de la Santé devrait par ailleurs permettre d’examiner les éventuelles perspectives pharmaceutiques liées au cannabis médical, dans un cadre strictement réglementé.
Les priorités agricoles restent ailleurs
Pour le gouvernement, cette controverse ne doit toutefois pas faire oublier les urgences et les initiatives engagées sur le terrain. Au cours de sa tournée dans le Grand Nord, du 2 au 7 août dernier, le Ministre d’État Muhindo Nzangi Butondo a multiplié les actions destinées à renforcer la production agricole et à moderniser le secteur.
Sur le volet de la mécanisation, des tracteurs ont été remis aux centres de production de Beni et Lubero. À Musienene, la première pierre d’une usine d’assemblage de tracteurs a été posée, tandis qu’à Beni, les travaux des nouveaux bureaux de l’ONAPAC ont été lancés.
Le soutien aux producteurs s’est également traduit par la distribution de semences de haricot et de pomme de terre ainsi que d’engrais dans plusieurs zones, notamment Butuhe, Kyondo, Butembo, Museya et Kyavinyonge.
À travers ces actions, le ministère affirme vouloir concentrer ses efforts sur les cultures susceptibles de contribuer directement à la sécurité alimentaire et à l’amélioration des revenus des producteurs.
Café, cacao, manioc, maïs… les filières prioritaires
La ligne gouvernementale reste ainsi centrée sur la consolidation des filières pérennes, notamment le café, le cacao, le palmier à huile, le thé et le coton, mais aussi sur les cultures vivrières essentielles telles que le manioc, le maïs, le riz, le haricot et la pomme de terre.
Le ministère appelle dès lors les élus et acteurs locaux à accompagner ces initiatives, présentées comme des réponses concrètes aux besoins des populations.
Au-delà de la polémique sur le cannabis médical, Kinshasa veut donc ramener le débat vers ce qu’il considère comme l’enjeu central pour le Grand Nord : produire davantage, moderniser l’agriculture et renforcer la souveraineté alimentaire dans une région durement éprouvée par l’insécurité.


Valéry Mukosasenge