Le diagnostic est sévère, mais le traitement s’annonce radical. En qualifiant sans détour d’« anarchie » et de « désordre » l’état actuel de son administration, le ministre d’État à l’Agriculture et à la Sécurité alimentaire, Muhindo Nzangi Butondo, vient de donner le coup d’envoi d’une thérapie de choc. Face à un organigramme pléthorique qui paralyse l’action publique, l’heure est désormais à la rationalisation extrême avec un cap clairement affiché : l’autosuffisance alimentaire de la République Démocratique du Congo.
L’éléphantiasis administrative congolaise face au pragmatisme régional
Le contraste est saisissant, pour ne pas dire embarrassant. Alors que des puissances agricoles de la région optimisent leur gouvernance avec des structures ultra-resserrées — l’Ouganda avec 4 directions, l’Éthiopie avec seulement 3 — la RDC s’enlise dans un labyrinthe institutionnel. Le ministère compte pas moins de 23 directions, programmes et services nationaux.
Pour Muhindo Nzangi Butondo, cette prolifération ne relève pas d’une stratégie, mais d’une pure dispersion. « Ce n’est pas seulement une prolifération, c’est du désordre », a martelé le ministre d’État, appelant ses collaborateurs à sacrifier les intérêts personnels et corporatistes sur l’autel de l’efficacité collective.
Inverser la courbe de la dépendance : le modèle des “filières”
L’enjeu de ce grand ménage dépasse le simple cadre bureaucratique ; il est d’ordre souverain. Enclavée par neuf voisins, la RDC subit l’humiliation silencieuse d’une balance commerciale agricole chroniquement déficitaire. Qu’il s’agisse des cargaisons traversant Lufu depuis l’Angola, des camions franchissant Kasumbalesa en provenance de Zambie, ou des flux réguliers issus du Rwanda, du Burundi et de l’Ouganda, le constat est identique : la RDC dépend des autres pour nourrir sa population.
Pour briser ce cercle vicieux, le ministère mise sur l’unité de commandement. La nouvelle feuille de route prévoit de fusionner les structures existantes et de centraliser la gestion par filières stratégiques : riz, manioc, maïs, palmier à huile. Celles-ci seront transformées en « bureaux » spécialisés, directement rattachés à une Direction de la production végétale unique et renforcée. Moins de chefs, plus d’action.
Cap sur Zongo : Vers une administration de terrain
Cette refonte ne sera pas un simple jeu de chaises musicales dans les salons feutrés de la capitale. Le ministre d’État exige un basculement des forces vers le monde rural. L’administration doit quitter Kinshasa pour se rapprocher des véritables acteurs de la production. Parmi les innovations attendues : le déploiement de « cliniques des végétaux » dans chaque territoire, afin d’apporter des réponses scientifiques et immédiates aux paysans face aux maladies qui ravagent les cultures.
C’est pour ancrer ce nouveau logiciel administratif que les équipes techniques du ministère s’apprêtent à se retirer à Zongo, au Kongo Central. Objectif : finaliser sans interférence le nouveau cadre organique de l’agriculture congolaise. Une session cruciale pour laquelle Muhindo Nzangi affiche un optimisme ferme : cette fois sera « la bonne » pour lancer, enfin, la révolution agricole.
Par Valéry Mukosasenge