Le Ministre congolais de la Santé publique, le Dr Roger Kamba, a déclaré samedi 16 mai 2026, au nom du gouvernement, la 17ᵉ épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo. L’épidémie, localisée principalement dans la province de l’Ituri, mobilise les autorités congolaises avec l’appui de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Au 18 mai, plus de 300 cas suspects et plus de 80 décès avaient déjà été signalés, avec une propagation vers la ville de Goma, dans la province du Nord-Kivu, et un risque d’extension régionale.
En réaction, les États voisins de la Région des Grands Lacs — Burundi, Rwanda, Ouganda, Tanzanie — ont fermé leurs frontières ou restreint les mouvements d’entrée et de sortie des populations. Des perturbations sont enregistrées au niveau du petit commerce transfrontalier, car les petits commerçants ne circulent plus librement et sont soumis aux nouvelles règles de restriction et de contrôle aux frontières visant à limiter la propagation de la maladie.
Le Projet de facilitation du commerce et d’intégration dans la Région des Grands Lacs (PFCIGL) recommande aux petits commerçants transfrontaliers d’adopter le système d’achat groupé des marchandises. Cette stratégie de groupage a fait ses preuves en 2018 lors de l’épidémie d’Ebola et en 2020 lors de l’épidémie de COVID-19, en permettant la continuité du commerce.
Selon Célestin Buchekuderwa, expert en commerce au PFCIGL, le système de groupage consiste à regrouper les marchandises de même type dans le pays voisin d’achat ou de provenance, puis à les faire traverser la frontière par des transporteurs utilisant des motos ou des camionnettes. Cela remplace les traversées individuelles de la frontière, effectuées une à quatre fois par jour pour s’approvisionner.

En cette période de pandémie d’Ebola, cette approche limite les attroupements humains à la frontière et les traversées répétées des petits commerçants, conformément aux instructions du comité multisectoriel de lutte contre la pandémie, qui préconise de restreindre les voyages et déplacements aux seuls cas indispensables. Elle permet aussi à cette catégorie vulnérable de poursuivre, tant bien que mal, ce petit commerce de survie en période spéciale.
Le positif de l’approche
Cette approche limite la circulation des personnes au strict minimum : seul le chauffeur convoie la marchandise et ramène l’argent au fournisseur. Elle répond ainsi aux recommandations du gouvernement congolais, via le Comité local de facilitation du commerce transfrontalier (CLFCT), qui encourage les commerçants à se regrouper au sein d’associations ou de coopératives.
Elle vise également à réduire les coûts de dédouanement et le temps de franchissement supportés par chaque petit commerçant. « Elle permet aussi aux commerçants de découvrir la force du travail collectif, de canaliser les recettes de l’État et de renforcer la cohésion et la confiance mutuelle entre petits commerçants des différents pays », souligne la Plateforme de l’Association des petits commerçants transfrontaliers (ACT).
Le PFCIGL soutient les petits commerçants transfrontaliers dans la promotion des achats groupés, en collaboration avec les vendeurs de l’autre côté de la frontière. Cet accompagnement consiste actuellement à organiser des rencontres d’échanges et de sensibilisation à l’intention des petits commerçants et des agents en poste à la frontière, afin de favoriser l’adoption du système de groupage et le respect des gestes barrières contre les maladies à potentiel épidémique.
Pepe Mikwa