Depuis la nomination d’Ephrem Izabayo Kabasha à la tête du territoire de Rutshuru par la rébellion du M23 le 16 mars dernier, les rapports de défense des droits humains tirent la sonnette d’alarme.
Détentions arbitraires, exécutions sommaires et conditions carcérales qualifiées d’« horreur » : l’organisation Badilika dresse un bilan noir de ces six dernières semaines. Le tableau décrit par l’Asbl est glaçant, pointant particulièrement la prison de Kanyangavi où plus de 80 jeunes seraient entassés dans une insalubrité extrême. Privés de nourriture, de soins et de visites familiales, les détenus y subissent des épidémies de diarrhée et des infections cutanées sévères.
Le bilan humain est déjà lourd avec au moins huit décès documentés en détention. L’organisation dénonce un usage systématique de la torture et des traitements dégradants sous l’autorité directe de l’administrateur Kabasha. La répression semble également prendre une dimension communautaire : une vingtaine de jeunes, majoritairement issus de la communauté Nande, ont été interpellés en un mois. Accusés sans preuves de collaborer avec des milices basées dans le Parc National des Virunga, ils serviraient de cibles à une administration en quête de contrôle absolu. Plus inquiétant encore, des témoignages font état de recrutements forcés ; ceux qui refusent ou sont jugés « peu fiables » subiraient des exécutions sommaires dans les centres de formation de Runyonyi et Chanzu.
Sur le terrain, l’espace de liberté se réduit drastiquement. Entre taxes arbitraires et confiscations de matériel, les acteurs humanitaires et la société civile travaillent désormais « la peur au ventre ». Les interrogatoires se multiplient, menaçant de paralyser l’aide humanitaire dans une zone où les besoins sont immenses. Face à cet étouffement des droits fondamentaux, l’organisation Badilika demande au M23 le remplacement immédiat de l’administrateur et l’ouverture des lieux de détention à des observateurs indépendants. À Kinshasa, l’ONG appelle les autorités à renforcer leur offensive diplomatique, tout en invitant la communauté internationale à intensifier la surveillance pour prévenir une nouvelle flambée de violences communautaires dans cette région stratégique, marquée par des décennies de conflits.
La Rédaction