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JOSKY KIAMBUKUTA TIRE SA RÉVÉRENCE À 72 ANS

L’artiste musicien Josky Kiambukuta est décédé ce dimanche 7 mars à Kinshasa, à l’âge de 72 ans. L’Information a été confirmée par Nyoka Longo, l’un des cadres de la SOCODA. Selon des sources concordantes, ce talentueux chanteur congolais a tiré sa révérence de suites d’une longue maladie..

Né le 14 février 1949, ce chanteur et compositeur laisse une riche discothèque derrière lui dont les albums Chandra, Babi…Pour la petite histoire, après sa courte carrière dans les petites formations musicales, Josky Kiambukuta a rejoint le “Tout Puissant OK Jazz” de Franco Luambo Makiadi en 1973. Il est parmi ceux qui ont hérité de ce grand orchestre aux côtés de Lutumba Simaro, Ndombe Opetum et Madilu Système, en 1989 après la mort de Luambo Franco.A la suite des démêlés avec les héritiers biologiques de Franco, Josky et ses amis vont créer Bana OK (les héritiers idéologiques de TP OK Jazz en français) en fin 1993.C’est dans ce groupe qu’il va évoluer jusqu’en 2001, année de son départ pour la France. Il a regagné la capitale congolaise 10 ans plus tard. 

Orly-Darel NGIAMBUKULUSE CONFIANT A FORUM DES AS EN NOVEMBRE 2019Josky Kiambukuta :

“il y a de bons chanteurs à Kinshasa, mais qui ne sont pas des compositeurs”Chanteur et compositeur de talent, Josky Kiambukuta s’est éteint hier dimanche 7 mars. En hommage à sa mémoire, “Forum des As” publie l’interview qu’il a accordée à la rédaction à la veille de la soirée de gala qui avait été organisée pour ses 70 ans d’âge et ses 50 ans de carrière musicale le samedi 23 novembre 2019 au Village chez Ntemba, dans la commune de la Gombe. Joseph Kiambukuta Londa, “Josky” pour ses nombreux mélomanes, s’est exprimé sur sa carrière, ses souvenirs, sa maladie, ses collègues musiciens.

Forum des As : Joseph Kiambukuta Londa, ce samedi 23 novembre, une soirée de gala sera organisée en votre honneur au Village Chez Ntemba pour vos 70 ans d’âge et 50 ans de carrière musicale. Quel message vouliez-vous véhiculer à travers ces deux événements ?

Josky Kiambukuta : Le plus important, c’est de remercier Dieu, car c’est grâce à Lui que je suis encore en vie. Qu’ai-je de spécial par rapport à tous ceux qui sont morts avant moi ? D’autant plus qu’il m’a gardé pendant 70 ans et j’ai accompli ma carrière musicale pendant 50 ans. Il faut vraiment remercier et glorifier Celui qui nous a créés.

Quel message avez-vous réservé à ceux qui vont organiser cette soirée?

S’il faut les remercier, voici l’écart [Il fait un geste en plaçant haut son doigt pour montrer Dieu et plus bas pour les hommes]. Ils vont organiser cette soirée en se référant à mon sérieux, mon comportement, mon travail. Je n’ai pas de conflit avec des gens. Surtout dans notre métier, il existe beaucoup de problèmes, mais dans ce monde, je n’ai pas de conflit avec mes collègues.

Quels souvenirs gardez-vous de votre carrière?

Non, je ne vous dirais rien de tous ces souvenirs, car je ne suis pas encore mort, bien que je sois malade. Mais à ma mort [Rires], je dirais seulement que la vie humaine est toujours marquée par des hauts et des bas. En définitive, ma joie est que quand vous passez partout à Brazzaville, en Angola, au Gabon et que vous vous renseigniez sur Josky Kiambukuta, les témoignages sont très bons. En outre, ma famille biologique, quoique pauvre, mais à travers mon nom, elle est bien.Etes-vous satisfait de votre parcours musical ?Toute personne qui a bien fait son travail doit être contente. Partout où vous passez, on vous respecte, on vous loue, il y a lieu de vous réjouir. Mais, par contre, si on vous regarde d’un œil méchant, ce n’est pas bien.

Josky Kiambukuta chante bien. Avez-vous des jeunes musiciens qui chantent aujourd’hui comme vous ?

Normalement, pour être un bon musicien, il faut écouter les collègues musiciens. Car on apprend aussi à travers les autres. Mais je ne saurais répondre convenablement à votre question, car Kinshasa n’est plus ce qu’elle était hier. En effet, si vous citez le nom d’un musicien, vous êtes haï. On dira qu’il est l’ami de ce musicien. Or, quand j’ai embrassé la carrière musicale, j’ai commencé dans l’orchestre African Fiesta du Dr Nico. Nous avons créé Continental, avant de réintégrer l’OK Jazz. Les musiciens cultivaient beaucoup d’amour entre eux quand ils se rencontraient en prenant un verre ensemble. Mais aujourd’hui, c’est l’inimitié entre les musiciens. C’est triste !

Quel conseil pourriez-vous prodiguer aux collègues musiciens ?

Dieu a ses lois. Mais l’amour est la loi la plus importante. Car s’il y a l’amour, on ne s’injurie pas, on ne se calomnie pas. Dr Nico et Franco Luambo, bien que de grands guitaristes, ne se livraient pas une concurrence déloyale. Ils arrivaient à se dénigrer, mais c’était un dénigrement factice. Si bien qu’en se rencontrant, ils oubliaient tout.

Josky Kiambukuta, chanteur, auteur, compositeur… Quel héritage laisserez-vous aux jeunes musiciens ?

C’est une question difficile, car nous, nous avons fait la musique d’une façon, eux aussi font la leur d’une autre. Mais, je fais tout pour que, même si je raccroche aujourd’hui, les gens gardent de moi de bons souvenirs.

Vous avez composé un grand nombre de chansons au cours de votre longue carrière. Pour vous, laquelle est la meilleure de toutes ?

D’autres journalistes m’ont posé la même question hier, il est, en effet, difficile de répondre. Parce que je ne compose pas de chansons pour moi-même. Ma joie est qu’elles vous plaisent. Je les compose pour que vous écoutiez et vous jugiez. Je vous demande : de tous vos enfants, lequel aimez-vous le plus ? [Rires] Pour moi, tous les enfants sont mes enfants; je les aime de la même façon.Vous êtes malade depuis 2001. Avez-vous déjà reçu de l’aide du gouvernement congolais?Merci beaucoup pour la question, mais je n’aime pas parler de la politique. Posez-moi toutes les questions possibles sur la musique, et je vous répondrai. Mais, la voie sur laquelle vous me conduisez est très glissante, parce qu’au moindre faux pas, vous avez des problèmes. Il paraît que le diable vit maintenant à Kinshasa, il vivrait à Bandal, à Gombe [Rires]. C’est dangereux !

Pourriez-vous nous livrer votre secret sur votre manière de composer vos chansons ?

Non, je ne peux pas vous livrer le secret. Composer une chanson, on nait avec. Dieu a créé chacun à sa manière et distribué à chacun ses talents. Moi, je suis chanteur, auteur, compositeur, interprète. Je vous dis qu’il existe de bons chanteurs dans ce pays, si vous leur demandez leurs propres chansons, il n’y en a pas. Car,, composer une chanson est loin d’être une blague. Moi, je ne compose pas, car j’étais terrassé par l’AVC qui est une maladie qui part de la tête. Je suis en repos total. Certaines personnes pensent que composer une chanson est une blague. Il faut faire travailler ses méninges pour composer une chanson. A Kinshasa, il existe plusieurs chanteurs, plusieurs bons chanteurs. Mais si Dieu veut que tu chantes bien et que tu composes, c’est une grâce.

Combien de chansons avez-vous composées durant les 50 ans de carrière?

Il est difficile d’en connaître le nombre, car je refuse d’y penser. Les musiciens de Bana Odemba m’ont demandé de donner une chanson, parce qu’ils veulent enregistrer [un album]. Composer cette chanson m’a pris beaucoup de temps.

Un message à vos nombreux fanatiques…?

Dernier message ? Cette question est mal posée, car je vis encore [Rires. Nous rectifions : le dernier message de notre entretien] Je vous remercie beaucoup, car vous êtes mes frères, ”Bisi kanda” [Membres de famille, en kikongo, NDLR]. Je suis fier de vous voir. J’aime beaucoup toute personne qui écoute et aime la musique. Je vous invite au Village Chez Ntemba pour nous réjouir à la soirée de gala le samedi 23 novembre à partir de 20h.

A vos frères Manianga, qu’adressez-vous comme message ?

A mes frères je dis que je suis Munianga, je les aime beaucoup. J’aime ma province, j’aime mon pays. Je leur ai déjà montré l’amour que j’ai envers eux. Je serais content si eux aussi, en retour, peuvent me montrer aussi l’amour qu’ils ont envers moi

.Propos recueillis par Kléber KUNGUvendredi 22 novembre 2019