À quelques heures de la signature annoncée de l’accord de paix entre Kinshasa et Kigali, les habitants de Goma oscillent entre espoir prudent, scepticisme marqué et une lassitude profonde après des années de conflit. Interrogés par la rédaction de LaRépublique.net, plusieurs résidents ont exprimé leurs sentiments à l’approche de cet événement diplomatique présenté comme décisif.
Pour une partie de la population, l’accord représente une lueur d’espoir, même faible, au bout d’un tunnel devenu interminable.
« Nous voulons croire que cette fois-ci sera la bonne. Trop de sang a coulé, trop de familles ont été déchirées », témoigne une résidente du quartier Katindo. Comme elle, nombreux sont ceux qui espèrent que ce nouveau pas pourrait enfin ouvrir la voie à une paix durable et atténuer les violences armées qui ravagent l’Est du pays depuis des décennies.
Mais cet optimisme n’est pas partagé par tous. Beaucoup se montrent prudents, voire désabusés, rappelant que les précédents accords n’ont jamais empêché la reprise des hostilités.
« Ce n’est qu’une autre mascarade diplomatique. Rien ne garantit que Washington va nous apporter la paix. On a déjà vu ce genre de promesses », lance un commerçant du marché Alanine, visiblement amer. D’autres estiment que l’accord répond surtout à des intérêts géostratégiques internationaux plutôt qu’à la véritable aspiration de paix des Congolais.
Pour une frange de la population, la solution ne peut venir uniquement des négociations entre Kinshasa et Kigali. Ils plaident pour un dialogue interne, impliquant les forces vives de la nation.
« Le vrai problème est congolais. Avant de chercher la paix à l’extérieur, il faut organiser un véritable dialogue intercongolais. Sinon, rien ne changera », affirme un notable du quartier Mabanga.
Selon eux, tant que les frustrations internes, les fractures politiques et les rivalités locales ne seront pas traitées en profondeur, les accords signés à l’étranger n’auront que des effets temporaires.
Au-delà de ces divergences, un sentiment domine : la fatigue. Une lassitude lourde d’une population qui vit depuis trop longtemps au rythme des déplacements, des bombardements et de l’incertitude.
« Nous ne demandons qu’une seule chose : la paix, peu importe comment elle arrive. Les gens sont épuisés. Nous voulons vivre, étudier, travailler comme tout le monde », confie une mère de trois enfants rencontrée au quartier Murara, appelé Office.
Alors que les chancelleries s’apprêtent à saluer un accord présenté comme historique, à Goma, les habitants restent prudents. Entre ceux qui espèrent un nouveau départ, ceux qui doutent et ceux qui n’attendent plus rien des grandes annonces, une certitude demeure : la population aspire à une paix réelle, tangible et durable. Non pas celle écrite sur du papier, mais celle qui se vit dans les rues, les écoles et les champs.
Marasi Bénédicte Zoé
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