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Beni :Surpopulation et pratiques illégales à la prison centrale de Kangbayi,le calvaire silencieux des détenus face à un système d’extorsion

La situation carcérale à Beni, dans la province du Nord-Kivu, suscite une vive inquiétude. Conçue pour accueillir 250 détenus, la prison centrale de Kangbayi abriterait aujourd’hui plus de 2 000 prisonniers, plongés dans des conditions de détention jugées précaires et contraires aux normes élémentaires des droits humains.

Selon plusieurs témoignages recueillis auprès de familles de détenus, la surpopulation carcérale a transformé la vie quotidienne à l’intérieur de la prison en véritable lutte pour la survie.

D’après une publication publiée par Radio Okapi le 9 mars, le Réseau pour les droits de l’homme (REDHO), une organisation basée dans la région, a rendu public ces chiffres dans son rapport de monitoring publié le 7 mars à Beni.

Dans ce rapport, cette organisation citoyenne indique que seuls 344 détenus sont effectivement condamnés, tandis que la grande majorité se trouve en détention préventive, parfois pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, en attendant l’aboutissement de leur procédure judiciaire.
Le REDHO dénonce également des décès enregistrés en détention, le manque criant de nourriture et de médicaments, ainsi que la lenteur dans le traitement des dossiers judiciaires. L’organisation souligne que de nombreux détenus sont poursuivis par la justice militaire de Beni et de Butembo, ce qui contribuerait à l’engorgement de la prison.

À l’intérieur de l’établissement pénitentiaire, les détenus vivent dans des cellules surchargées où l’espace et l’hygiène sont extrêmement limités. Les familles affirment que certains prisonniers dorment à même le sol, et d’autres restent debout faute de place.

Plus préoccupant encore, plusieurs témoignages évoquent un système informel de paiement imposé aux familles.
Selon ces témoignages, les proches des détenus doivent verser jusqu’à 50 000 francs congolais chaque semaine pour garantir à leur personne un simple espace où dormir dans un pavillon. Sans ce paiement, certains détenus seraient contraints de passer leurs journées et leurs nuits à proximité et à l’intérieur des latrines, dans des conditions particulièrement humiliantes.

Ces pratiques, dénoncées par les familles, laissent penser à un réseau d’extorsion au sein du système carcéral, qui aggrave encore la souffrance des prisonniers et de leurs proches.

Une famille raconte le calvaire de leur fils, détenu depuis près de six mois sans procès.
Selon leurs déclarations, le jeune homme travaillait comme presseur des briques cuites en territoire de Beni. Un jour, il aurait été invité à se présenter au poste de police, sans imaginer qu’il ne ressortirait pas libre.

La veille de son interpellation, racontent-ils, des hommes vêtus d’uniformes de police se seraient rendus à son domicile sans mandat de perquisition. Ils auraient fouillé toute la maison sans trouver d’éléments compromettants. Avant de partir, ils lui auraient exigé de l’argent pour acheter des cigarettes, ce à quoi il aurait remis 30 000 francs congolais.

Le lendemain, lorsqu’il s’est présenté au bureau de police après avoir été convoqué, il aurait été directement placé au cachot.
Il aurait ensuite été transféré à l’auditorat militaire de Beni, où il est resté trois jours. Selon sa famille, 60 dollars auraient été exigés pour la “bougie et les unités”, censées permettre aux enquêteurs de contacter le plaignant supposé.

Malgré ce paiement, aucun plaignant ne se serait présenté. La famille affirme qu’on leur aurait ensuite demandé 150 dollars supplémentaires pour empêcher son transfert vers la prison centrale.

Alors qu’ils tentaient de réunir cette somme, ils ont appris le lendemain que leur fils avait déjà été transféré à la prison de Kangbayi, sans procès-verbal, sans audition formelle et sans plaignant identifié, selon leur témoignage.

Depuis son incarcération, ses proches disent lui apporter de la nourriture toutes les deux semaines, ainsi que 50 000 francs congolais pour “la bougie”, un terme souvent utilisé pour désigner les frais informels exigés à l’intérieur de certaines prisons.

« Sans cet argent, on nous a dit qu’il resterait dans les latrines jour et nuit », déplore un membre de la famille.

Sur le plan juridique, plusieurs éléments évoqués dans ces témoignages soulèvent de graves préoccupations.

La Constitution de la République démocratique du Congo garantit notamment :
la présomption d’innocence,
le droit à un procès équitable,
l’interdiction des arrestations arbitraires,
et le droit d’être présenté rapidement devant un juge.
La détention prolongée sans jugement ni procédure claire pourrait constituer une violation des garanties fondamentales prévues par la législation congolaise et les conventions internationales relatives aux droits humains.

Par ailleurs, les Règles Nelson Mandela des Nations Unies, qui définissent les standards internationaux pour le traitement des prisonniers, exigent que les détenus soient incarcérés dans des conditions respectant la dignité humaine, avec un accès minimal à l’hygiène, à l’espace vital et aux soins médicaux.

        Marasi Bénédicte Zoé

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