RDC : avant les assises de Kinshasa, Tshisekedi ouvre la voie aux consultations provinciales
Le Dialogue national annoncé par Félix-Antoine Tshisekedi ne commencera pas à Kinshasa. Dans son adresse à la Nation du 27 août, le président de la République a placé les 26 provinces, les territoires et les communautés au cœur du processus, avec l’ambition de faire remonter la parole des populations avant la tenue des assises nationales.
Cette approche constitue l’un des principaux éléments mis en avant par le chef de l’État. Avant les assises nationales, des consultations politiques et techniques devront être organisées dans chaque province. Elles réuniront notamment les autorités locales, les parlementaires élus, les représentants des entités territoriales, les partis politiques de la majorité comme de l’opposition, la société civile, les autorités coutumières et les confessions religieuses.
Mais le dispositif ne s’arrêtera pas aux responsables politiques et institutionnels. Les organisations de femmes et de jeunes, les travailleurs, les personnes vivant avec handicap, les entrepreneurs, les agriculteurs, les enseignants, les chercheurs, les artistes, les professionnels de santé, les acteurs de l’économie informelle et la diaspora congolaise sont également appelés à participer aux consultations.
Chaque province devra établir son propre diagnostic. Les consultations devront notamment identifier les causes de l’insécurité, les conflits fonciers et coutumiers, les tensions communautaires, les insuffisances administratives, les inégalités ainsi que les obstacles au développement. Les participants seront également appelés à formuler des propositions de réformes.
L’objectif affiché est de rompre avec les précédents processus dans lesquels, selon le président Tshisekedi, la population était parfois appelée à soutenir des conclusions auxquelles elle n’avait pas réellement contribué. Cette fois, les différentes contributions provinciales seront consolidées dans un document de synthèse nationale devant servir de base aux assises de Kinshasa.
Kinshasa ne sera donc plus le point de départ, mais l’aboutissement du processus. Les assises nationales devront réunir des délégués représentant la diversité politique, institutionnelle, sociale, territoriale et culturelle du pays. Le président promet un espace de parole libre, contradictoire et responsable, dans le respect de la Constitution et de l’intérêt national.
Cette ouverture connaît toutefois une limite clairement fixée par le chef de l’État : l’inclusivité ne saurait donner une légitimité à la prise d’armes. Selon son allocution, nul ne devra être exclu en raison de ses opinions ou de son appartenance politique, provinciale, linguistique, ethnique ou religieuse, mais ceux qui prennent les armes ne pourront obtenir par la force ce que le suffrage démocratique ne leur a pas accordé.
Le Dialogue devra finalement déboucher sur un Pacte national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État. Sa mise en œuvre devra être suivie à travers une matrice publique précisant, pour chaque engagement, l’institution responsable, le calendrier et les résultats attendus. Des rapports périodiques devront également être rendus publics.
Pour Félix Tshisekedi, l’enjeu dépasse ainsi la seule recherche d’un compromis politique. Il s’agit de construire un État capable de prévenir les crises, de garantir la sécurité de ses citoyens et d’être présent sur l’ensemble du territoire national. Une ambition dont la réussite dépendra désormais de la capacité du processus à transformer la parole recueillie dans les provinces en décisions et en actions concrètes.
Valéry Mukosasenge