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RDC : 12 militants environnementaux tués dans le bassin du Congo

Douze défenseurs de l’environnement et des droits fonciers ont été tués entre août 2025 et mars 2026 dans l’est de la République démocratique du Congo, selon un rapport de l’Alerte Congolaise pour l’Environnement et les Droits de l’Homme (ACEDH).

L’insécurité persistante dans les provinces du Nord et Sud-Kivu ainsi que de l’Ituri favorise l’exploitation illégale du bois, la production de charbon de bois et l’extraction clandestine de minerais autour des aires protégées qui abritent une biodiversité parmi les plus riches d’Afrique. Les écogardes, journalistes, leaders communautaires et défenseurs des terres sont de plus en plus exposés aux attaques, aux menaces et aux poursuites judiciaires alors qu’ils tentent de documenter ou de freiner la destruction des écosystèmes forestiers dans le bassin du Congo.

La République Démocratique du Congo se présente comme un acteur central des solutions climatiques mondiales grâce aux forêts du bassin du Congo. Mais les personnes chargées de protéger ces écosystèmes paient un tribut de plus en plus lourd dans les régions en conflit de l’Est, notamment dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, où les écosystèmes forestiers sont menacés par l’exploitation minière, le braconnage et les conflits armés dans les zones à forte biodiversité.

Un rapport publié le 23 juin par l’ACEDH documente 31 cas de violations visant des défenseurs de l’environnement entre août 2025 et mars 2026. Parmi eux figurent six incidents ayant entraîné la mort de douze défenseurs de l’environnement et des droits fonciers. L’organisation recense également seize poursuites judiciaires qualifiées de « poursuites-bâillons », trois cas de menaces de mort ou d’arrestations arbitraires et deux enlèvements.

Ces violences surviennent dans un contexte de dégradation continue de la situation sécuritaire dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri. Les affrontements entre groupes armés, forces gouvernementales et acteurs locaux se combinent à des conflits fonciers et à une économie de guerre largement alimentée par l’exploitation des ressources naturelles.

Pour les organisations de conservation, cette insécurité représente une menace directe pour les écosystèmes forestiers de l’est de la RDC. Dans plusieurs territoires affectés par les conflits, la coupe illégale du bois, la production de charbon de bois et l’exploitation artisanale ou clandestine de minerais progressent à mesure que l’autorité de l’État s’affaiblit.

Les conséquences sont particulièrement visibles autour des aires protégées. Le Parc national de Kahuzi-Biega, le Parc national des Virunga et la Réserve de faune à okapis figurent parmi les espaces de conservation confrontés à des incursions armées, à l’exploitation illégale des ressources et à la pression croissante exercée sur les communautés riveraines.

Le coût humain de cette crise est illustré par la mort récente de plusieurs écogardes. Le 31 mai 2026, Nziyunvira Juhudi Prince, écogarde de 27 ans affecté au Parc national de Kahuzi-Biega, a été tué lors d’un incident armé dans le territoire de Kabare, au Sud-Kivu. Selon les informations communiquées par la direction du parc, il tentait de porter assistance à une habitante blessée lorsque des hommes armés ont ouvert le feu.

Quelques jours auparavant, le 21 mai, deux écogardes du Parc national des Virunga, Kasereka Valyathire Baraka et Munguakonkwa Mihigo Jacques, ont été tués lors d’une attaque armée contre le poste de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) à Kamuhororo, sur la rive sud du lac Édouard. Le même jour, deux membres d’une mission de reconnaissance aérienne ont également perdu la vie dans le crash d’un avion mobilisé pour soutenir les opérations de protection du parc.

Pour les défenseurs des droits environnementaux, ces incidents ne constituent pas des événements isolés mais s’inscrivent dans une tendance plus large de criminalisation et de violence à l’encontre des acteurs engagés dans la protection des ressources naturelles. Les journalistes, représentants des peuples autochtones, militants climatiques et leaders communautaires qui dénoncent la déforestation, l’accaparement des terres ou l’exploitation minière illégale font régulièrement l’objet de pressions ou de menaces.

Cette situation intervient alors que les forêts de l’est de la RDC jouent un rôle essentiel dans la régulation du climat mondial. Le bassin du Congo constitue le deuxième plus vaste massif forestier tropical de la planète après l’Amazonie et abrite des espèces emblématiques telles que les gorilles de Grauer, les éléphants de forêt et les okapis.

Dans les territoires touchés par les conflits, les mouvements de population et l’affaiblissement des mécanismes de gouvernance favorisent toutefois une exploitation accrue des ressources naturelles. Le bois de chauffe et le charbon de bois alimentent les centres urbains en expansion, tandis que l’or, le coltan, l’étain et d’autres minerais continuent d’attirer des réseaux armés et des exploitants opérant parfois à proximité immédiate des zones protégées.

Pour les observateurs, la multiplication des attaques contre les défenseurs de l’environnement soulève une question centrale : comment protéger durablement les forêts du bassin du Congo lorsque ceux qui les défendent deviennent eux-mêmes des cibles ?

L’enjeu dépasse la seule sécurité des militants. Il concerne également l’avenir de certains des écosystèmes les plus importants d’Afrique centrale et la capacité de la RDC à concilier ses engagements climatiques avec la réalité des conflits qui continuent de ravager l’est du pays.

Trésor Wayitsomaya

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