L’annonce du tout premier cas de maladie à virus Ebola (souche Bundibugyo) dans la ville de Goma continue de susciter des réactions contrastées au sein de la communauté. Alors que les autorités sanitaires appellent à la vigilance maximale, le constat sur le terrain reste préoccupant. Entre déficit d’information, doutes persistants et relâchement des gestes barrières, une partie de la population semble encore minimiser le danger de ce virus hautement contagieux.
Dans les principales artères de la ville, la vie suit son cours normal, feignant d’ignorer la menace sanitaire. C’est dans les transports en commun que la situation s’avère la plus critique : aucune mesure de prévention n’y est véritablement respectée. À bord des bus transvilles, des taxis et des tricycles communément appelés « badjaj », les passagers s’entassent dans une promiscuité alarmante, au grand dam des usagers conscients du danger.
Pour de nombreux habitants, ce manque de précaution constitue une bombe à retardement pour la propagation du virus dans une ville aussi dense que Goma. Certains passagers interrogés pressent les autorités de prendre des mesures urgentes. L’inquiétude est d’autant plus vive que la souche Bundibugyo ne dispose, à ce jour, d’aucun traitement spécifique ni de vaccin officiellement homologué.
Du côté des conducteurs, les priorités sont avant tout financières. Plusieurs chauffeurs expliquent que le respect strict des mesures sanitaires notamment la réduction du nombre de passagers par véhicule entraînerait inévitablement une hausse des tarifs.
Une option jugée intenable dans un contexte économique déjà asphyxiant pour la population locale. Un conducteur de bus rencontré dans le centre-ville confie d’ailleurs que si le nombre de clients est réduit, les transporteurs seront obligés d’augmenter le prix de la course pour compenser le manque à gagner, une charge que les passagers n’accepteront jamais.
Face à cette réalité, les avis se fracturent. Si certains citoyens martèlent que « la santé n’a pas de prix » et exigent des restrictions immédiates, d’autres remettent carrément en cause l’existence même d’Ebola à Goma. Ce scepticisme ambiant interroge directement l’efficacité de la communication de crise.
Comment cette stratégie d’information est-elle menée sur le terrain ?
Atteint-elle réellement toutes les couches sociales, notamment les plus vulnérables ?
Les messages de sensibilisation sont-ils véritablement adaptés à la psychologie et aux réalités économiques locales ?
L’inquiétude dépasse désormais le secteur des transports. Dans plusieurs structures sanitaires de la place, les protocoles d’hygiène contre Ebola restent insuffisamment appliqués.
Ce relâchement généralisé est d’autant plus périlleux que Goma est un carrefour de flux migratoires constants. Alors que les équipes médicales s’organisent pour structurer la riposte, l’urgence sur le terrain est unanime : seule une campagne massive de sensibilisation communautaire, au plus près des réalités des Gomatraciens, permettra d’étouffer l’épidémie dans l’œuf et de protéger la ville volcanique.
Par Marasi Bénédicte Zoé