Dans un Est de la République démocratique du Congo meurtri par des conflits incessants, la santé mentale des professionnels de l’information devient un enjeu de survie. Du 16 au 18 mars, l’Union Congolaise des Femmes des Médias (UCOFEM) a franchi une étape cruciale en organisant, à l’intention des femmes journalistes du Nord-Kivu, une session de formation intensive dédiée à l’appui psychologique et à la gestion du stress. Cette initiative, rendue possible grâce au soutien financier de Reporters sans frontières (RSF), vise à panser les plaies invisibles de celles qui racontent la guerre au quotidien.
Florence Kavira, présidente provinciale de l’UCOFEM, a souligné l’urgence de cette démarche : doter les professionnelles des médias d’outils concrets pour naviguer dans un environnement saturé de violence. Sous la direction du psychologue Nestor Matadi, la formation a exploré les piliers du bien-être, de l’identité et de la régulation émotionnelle. Loin des théories abstraites, l’approche s’est voulue profondément humaine et participative, permettant aux participantes de libérer une parole longtemps étouffée par le poids des événements.

Pour ces femmes de terrain, l’année 2025 restera gravée comme une épreuve de feu. Ayant couvert de l’intérieur la progression de l’AFC-M23 et la chute de Goma en janvier dernier, beaucoup portent encore les séquelles psychologiques de ces journées d’angoisse. Les témoignages recueillis lors de ces trois jours ont révélé l’ampleur du traumatisme lié à l’exercice du métier sous occupation. La gratitude envers l’UCOFEM et RSF est d’autant plus vive que la formation a été doublée d’un volet médical, offrant des consultations et des traitements gratuits aux participantes.
Le professionnalisme de Nestor Matadi a été particulièrement salué pour sa capacité à adapter les concepts cliniques aux réalités brutales du terrain kivutien, marquant une rupture avec les formats classiques de renforcement de capacités. Mais l’élan de solidarité ne s’arrête pas aux frontières du Nord-Kivu. Dans les prochains jours, la ville de Bukavu prendra le relais pour accueillir cette même session de trois jours, étendant ainsi ce filet de sécurité psychologique aux consœurs du Sud-Kivu, également éprouvées par l’instabilité régionale.
Par Marasi Bénédicte Zoé