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Nord-Kivu : « 65ans après, la RDC n’a pas su honorer ses martyrs », analyses d’acteurs citoyens et politiques

Place dédiée aux Martyrs de l’indépendance à Bunia. Radio Okapi/Photo Sadiki Abubakar

65ans jour pour jour, la République Démocratique du Congo se rappelle de la lutte menée en 1959 par certains congolais pour l’accession à l’indépendance. Il s’agit des émeutes du 4 Janvier 1959 qui se sont soldés par une répression violente des militants de l’association de Bakongo (ABAKO) et d’autres, marquant un tournant décisif vers l’indépendance du Congo. Le bilan exact n’étant pas connu jusqu’aujourd’hui, mais au moins 49 personnes auraient perdu la vie.

Dès lors, la journée est placée en mémoire de ces citoyens congolais étant connue comme journée des Martyrs de l’indépendance. Cette dernière obtenue depuis 1960, soit une année après ces émeutes.

65ans quel acquis pour les congolais

Chaque année, les congolais convergent dans une méditation en mémoire des héros de la liberté. Ce 4 Janvier 2024 marque ainsi 65ans de célébration de ce mémorial. Quel acquis pour les congolais ?

Plusieurs analystes parlent d’une lutte qui n’a pas été consolidée par des actions de sauvegarde de l’indépendance. Ils justifient cette position par les agressions étrangères dont fait face le pays plus de 20ans.

« Si les martyrs de l’indépendance se réveillaient aujourd’hui et voir comment leurs successeurs gèrent le pays dans un chao favorisant une colonisation étrangère non dit, certes, ils vont nous passer tous au tabas », s’exclame Maître Jacques Kasay, un activiste politique en territoire de Lubero.

Il pense que le travail fait jusqu’aujourd’hui ne garantie pas l’indépendance totale au congolais.

« Il est temps pour chaque congolais de jouer pleinement son rôle pour valoriser la lutte des martyrs de l’indépendance. Cela passe par le renforcement de notre système sécuritaire et notre diplomatie internationale afin d’éviter l’ingérence étrangère dans les actions de la souveraineté de l’État », propose-t-il.

L’attitude plaintive des dirigeants congolais

Dans l’homélie du mémorial pour les 65ans des martyrs de l’indépendance, l’évêque du diocèse catholique de Goma est revenu sur l’attitude plaintive des congolais. Monseigneur Willy Ngumbi pense que les dirigeants congolais ont sombré dans des accusations inutiles pour justifier leur passivité.

« La prospérité de ce pays ne dépendra que du sens d’intérêt général des congolais. Je voulais qu’aujourd’hui nous puissions demander ensemble au Seigneur, que chacun et chacune de nous ne puisse pas penser que c’est l’autre qui est responsable de sa misère, c’est à cause de l’autre que le pays ne marche pas… Mais que chacun dise, moi, qu’est-ce que j’ai fait pour le pays », a martelé Willy Ngumbi, l’évêque du diocèse de Goma.

La célébration des martyrs de l’indépendance tombe en 2024 pendant qu’une partie de la province du Nord-Kivu dans l’est de la RDC est sous le joug d’une rébellion étrangère. Il s’agit du mouvement du 23 Mars (M23) soutenu selon les dirigeants congolais par le Rwanda qui occupe presque les territoires de Rutshuru, Masisi et une partie de Nyiragongo depuis 2021. Dans le Nord de la province, c’est l’activisme accru des terroristes ADF depuis 2014 et d’autres groupes armés locaux. Le Président actuel, Félix Tshisekedi n’a pas su restaurer la paix dans son premier quinquina dans cette région alors qu’il s’était fixé l’objectif de la pacifier en une année de son premier mandat.

Réélu provisoirement à plus de 73% pour un second mandat, les congolais pensent que la question de la paix reste prioritaire afin de garantir la souveraineté de la nation. Mais cela, il doit passer par des actions concrètes que de pointer le Rwanda comme potentiel ennemi de la RDC.

Asaph LITIMIRE