Burundi : 22 ans après le massacre de Gatumba, les familles des victimes réclament toujours justice

Vingt-deux ans après, la blessure est toujours ouverte. Dans la nuit du 13 août 2004, le camp de réfugiés de Gatumba, à la frontière burundo-congolaise, a été attaqué. Plus de 160 réfugiés congolais, en majorité des femmes et des enfants banyamulenge, y ont été tués. Plus d’une centaine d’autres ont été blessés.
Fuyant les violences dans l’est de la RDC, ces réfugiés pensaient avoir trouvé la sécurité au Burundi. Cette nuit-là, leur dernier refuge est devenu un charnier. Le massacre de Gatumba demeure l’une des tragédies les plus lourdes de l’histoire de la région des Grands Lacs.
Une justice toujours en attente
D’après les rapports d’enquête disponibles, l’attaque aurait été menée par des combattants, dont plusieurs membres des Forces nationales de libération (FNL). Le mouvement avait revendiqué les faits à l’époque. Mais depuis, les responsabilités exactes restent enveloppées de zones d’ombre et de contradictions.
Deux décennies plus tard, aucune juridiction n’a rendu de jugement à la mesure du crime. Les familles dénoncent une impunité persistante. « Le devoir de mémoire ne suffit pas. Il faut des noms, des procès, des réparations », réclament-elles.
En 2024, Human Rights Watch rappelait que des survivants et des proches avaient saisi la justice au Burundi, au Rwanda, en RDC, et alerté la Cour pénale internationale. Des plaintes pour crimes internationaux sont toujours en cours d’examen.
« Nous voulons la vérité, pas seulement des promesses »
Pour les proches des victimes, la justice ne se résume pas à des condamnations. Elle exige d’abord la lumière : reconstituer les faits, établir les chaînes de commandement, reconnaître publiquement les souffrances.
Les organisations de défense des droits humains le répètent chaque année ; les enquêtes menées jusqu’ici n’ont ni établi l’ensemble des responsabilités, ni permis des réparations dignes pour les survivants.
Une mémoire vivante contre l’oubli
À chaque 13 août, les survivants lisent les noms des disparus. Ils racontent. Ils résistent à l’oubli. Si le dossier judiciaire est en suspens, la mémoire, elle, ne l’est pas.
Des initiatives citoyennes documentent aussi la tragédie. Le Gatumba Survivors Project archive témoignages, photos et documents pour que l’histoire ne soit pas réécrite.
« Commémorer Gatumba, c’est plus que se souvenir. C’est interpeller les États de la région et la communauté internationale afin que les crimes de masse ne restent pas sans réponse », ont fait savoir les initiateurs.
Vingt-deux ans après, le temps n’a pas apaisé la douleur. Il a cristallisé une revendication : vérité, justice, réparation et mémoire pour les victimes de Gatumba.
Marasi Bénédicte Zoé