Un rapport accablant publié en octobre 2025 par l’Action pour la Réforme de la Justice et la Promotion des Droits de l’Homme (ARJPDH) dénonce de graves violations des droits humains attribuées au mouvement armé M23 dans la province du Nord-Kivu, notamment après la prise de Goma en janvier 2025.
Selon l’ONG, le mouvement aurait instauré un système structuré de détention clandestine, de torture systématique et d’exécutions ciblées visant des civils soupçonnés d’opposition ou de collaboration avec les autorités congolaises.
Le rapport couvre la période de janvier à octobre 2025 et s’appuie sur les témoignages directs de 18 anciens détenus, recoupés avec des informations issues de rapports d’Amnesty International (mai 2025) et de Human Rights Watch. Pour l’ARJPDH, ces pratiques « ne relèvent pas d’abus isolés », mais s’inscriraient dans une stratégie délibérée de répression visant à instaurer la peur et à neutraliser toute dissidence dans les zones sous contrôle du M23.
Des bâtiments publics reconvertis en centres de détention
Le document identifie plusieurs infrastructures civiles et administratives qui auraient été réquisitionnées puis transformées en lieux de détention illégaux.
Parmi les plus cités figure « Chien Méchant », ancien bureau de l’Agence nationale de renseignements (ANR), présenté comme un centre majeur de torture. Le Stade de l’Unité est également mentionné comme lieu d’interrogatoires violents et de sévices collectifs.
D’autres sites sont évoqués, dont le complexe SMIDD à proximité de la RTNC, le bâtiment de l’Assemblée provinciale du Nord-Kivu, le compound de la 34ᵉ région militaire, ainsi qu’un site situé à Kanyaruchinya, en périphérie de Goma.
Conditions inhumaines et violences extrêmes
Les anciens détenus parlent de conditions « inhumaines » : surpopulation avec jusqu’à 50 à 60 personnes enfermées dans des espaces exigus, absence d’hygiène, privation de lumière, nourriture rare ou inexistante, et usage d’un seul récipient pour les besoins physiologiques.
Les formes de torture évoquées incluent des coups portés avec câbles électriques et marteaux, des suspensions prolongées par les bras, des violences aux parties génitales et des violences sexuelles utilisées comme outil d’humiliation et de terreur.
Plusieurs témoignages viennent illustrer ces allégations.
Emmanuel Kabanda, arrêté après la découverte de messages sur son téléphone, affirme avoir vu des détenus mourir sous les coups au Stade de l’Unité.
Jean-Paul Nkurunziza raconte avoir été arraché de son lit d’hôpital à Heal Africa lors d’une opération impliquant plus de 130 éléments du mouvement.
Marie-Chantal Muhindo témoigne d’un viol collectif après l’évacuation du camp de déplacés de Bulengo.
Joseph Mukendi, avocat à Goma, dénonce des perquisitions dans son cabinet et la disparition de dossiers sensibles liés à des crimes attribués au M23.
Appel à l’intervention internationale
Face à la gravité des faits documentés, l’ARJPDH demande :
un accès immédiat des observateurs internationaux (ONU, CPI) aux sites identifiés,
l’ouverture d’enquêtes formelles par la Cour pénale internationale, le renforcement des sanctions individuelles contre les dirigeants du M23, des mesures urgentes de protection pour les défenseurs des droits humains et les avocats exerçant à Goma.
Fondée en 2019 à Bunia et désormais basée à Goma, l’ARJPDH est membre de la Coalition pour la Cour pénale internationale depuis octobre 2024. L’organisation travaille principalement sur l’assistance juridique et psychologique aux victimes de crimes internationaux en République démocratique du Congo.
Rédaction