Le Conseil National des Fora des ONG Humanitaires et de Développement (CONAFOHD RDC) exhorte les médias congolais à jouer pleinement leur rôle dans la vulgarisation de la crise humanitaire en République démocratique du Congo, afin de favoriser une meilleure localisation de l’aide humanitaire et garantir qu’elle parvienne réellement aux communautés affectées.
Placée sous le thème de « la localisation de l’aide humanitaire et le rôle des médias dans le processus », cette réflexion a été au cœur d’un café de presse organisé à Goma ce mercredi 31 décembre 2025 par le CONAFOHD. L’objectif : sensibiliser les professionnels des médias à leur pouvoir d’information, d’influence et de plaidoyer dans un contexte humanitaire marqué par de multiples crises.

Selon le CONAFOHD, la localisation effective de l’aide humanitaire n’est possible que si le circuit entre le bailleur de fonds et le bénéficiaire final est allégé, notamment par la réduction du nombre d’ONG intermédiaires. Dans cette dynamique, les médias sont appelés à devenir de véritables relais d’informations fiables et de plaidoyer en faveur des acteurs locaux.
« Lorsqu’il y a une crise humanitaire en RDC, les ONG internationales interviennent souvent après. Ce sont les communautés locales et les médias locaux qui sont les premiers à intervenir, pendant et même après la crise », a expliqué Florent Babi, coordinateur du secrétariat technique du CONAFOHD RDC.
Dans son mot introductif, il a également interpellé la presse sur son niveau d’engagement :
« Vous n’êtes pas encore assez engagés. À partir d’aujourd’hui, nous souhaitons que vous parliez non seulement de la crise à l’Est du pays, mais aussi des autres crises humanitaires, notamment dans les Plateaux de Batéké, au Kasaï et dans d’autres provinces. »
Pour sa part, Dr Joseph Kakisingi a insisté sur la responsabilité des médias d’« amplifier la voix des ONG locales et celle des populations en détresse, afin que ces dernières puissent accéder plus directement à l’aide humanitaire, sans une multitude d’intermédiaires ».

Le CONAFOHD définit la localisation de l’aide humanitaire comme un processus collectif impliquant l’ensemble des parties prenantes, basé sur une analyse commune du contexte, et débouchant sur un plan d’action humanitaire adapté aux besoins réels des communautés locales.
Moins de 5 % de l’aide humanitaire atteint les acteurs locaux
Cette dynamique de localisation trouve son origine dans les concertations engagées après le Sommet humanitaire mondial d’Istanbul en 2016, qui visaient à renforcer l’influence des acteurs locaux dans l’écosystème humanitaire. À l’époque, moins de 3 % des financements humanitaires parvenaient directement aux ONG locales.
Les acteurs de la société civile s’étaient alors fixé pour objectif d’atteindre 25 % de financement direct au profit des organisations locales dans un délai de cinq ans.
« Cinq ans plus tard, en 2021, nous n’avons même pas atteint les 5 % de fonds destinés à l’aide humanitaire locale », déplore Florent Babi.
Face à cet échec, les acteurs locaux se sont regroupés pour créer le Groupe National de Référence (GNR), une plateforme inclusive visant à renforcer la coordination et la responsabilité collective dans le processus humanitaire.
Le GNR vise au-delà de 25 % de financement direct
« Nous nous sommes interrogés sur la responsabilité des bailleurs de fonds et la nôtre. C’est ainsi que nous avons créé le GNR pour une implication conjointe », explique Florent Babi.
Aujourd’hui, ce groupe réunit les bailleurs de fonds, les agences du système des Nations unies, les ONG internationales et locales, le gouvernement congolais ainsi que la société civile.
« L’objectif est d’aller au-delà des 25 % d’aide humanitaire directe qui atteignent réellement les communautés à la base », précise-t-il.
Une crise humanitaire de plus de 30 ans, sous-médiatisée
La RDC fait face à une crise humanitaire chronique marquée par plus de 30 ans de conflits, plus de 7 millions de déplacés internes et plus de 9 millions de morts, selon les chiffres évoqués par le CONAFOHD.
« C’est assez ! », s’indigne la structure, qui plaide pour une médiatisation équitable de la crise congolaise.
« Que la guerre en RDC soit autant médiatisée que les crises ukrainienne et palestinienne », souhaite le CONAFOHD.
Parmi les avancées majeures du GNR figure également son implication dans le processus d’élaboration d’une loi sur l’aide humanitaire en RDC, un cadre légal attendu pour améliorer l’efficacité des interventions et soulager les souffrances des bénéficiaires directs.
Thierry Kayandi
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