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Nord-Kivu : « Je voyais ma mort arrivée quand Dieu utilisa deux hommes anges pour me sauver », témoigne un guéri de l’acromégalie

« Je suis le témoin vivant des miracles que Dieu a opéré dans ma vie. », c’est la première phrase de Muhindo Kamate Jean, habitant de Kanyabayonga, qui souffrait de l’acromégalie, cette maladie rare dans le monde. C’était lors d’une interview qu’il nous a accordée à Lubero-centre, chef-lieu du territoire de Lubero (Nord-Kivu).

En République Démocratique du Congo, un seul cas de l’acromégalie peut se manifester dans une année où dans 3ans renseignent les spécialistes.

Depuis 2002, Muhindo Kamate Jean développait cette malade sans savoir de quoi il s’agit. « j’ai consulté plusieurs médecins pour savoir de quoi je souffrais. Je sentais une déformation du corps (la taille et le poids) qui n’était pas normale. Je pensais que c’était le diabète et chaque fois, on me donnait des médicaments sans savoir de quoi je souffrais ! », explique-t-il.

En 2002, Muhindo Kamate Jean, habitait à Kibirizi, cette région de la province du Nord-Kivu, située dans la chefferie de Bwito en territoire de Rusthuru. Il lui a fallu plus de 10ans pour savoir exactement la maladie.

« j’ai fréquenté plusieurs hôpitaux. D’abord chez nous à Kibirizi, puis à Rwanguba, j’étais parti à Goma à l’hôpital Charité maternelle… Rien n’a marché. C’est en 2014 que j’ai rencontré pour la première fois un médecin de l’hôpital général de référence de Kayna qui me parlait de l’acromégalie. », révèle Muhindo Kamate Jean.

L’acromégalie est une maladie rare, un trouble hormonal qui provoque une augmentation de la taille. En l’absence de toute statistique en la matière, à en croire les médecins la maladie parait rare dans notre pays. On l’appelle aussi “maladie des adultes”.

“Je ne pouvais pas avoir les moyens de me faire soigner”

De la découverte de la maladie à la prise en charge, Muhindo Kamate Jean n’en pouvait plus. Il a déjà tout vendu depuis 2002 pour avoir le remède et c’est en 2014, qu’il a su de quoi il souffrait.

« Le Docteur Siwako de Kayna, c’est lui qui avait su pour la première fois cette maladie. Il m’avait référé auprès d’un autre spécialiste, le Docteur Tsongo de l’hôpital belle vie de Goma. Confirmant la pathologie, ce dernier m’avait demandé de chercher les moyens suffisants pour ma prise en charge. Même à Butembo en 2018, on m’avait dit la même chose, de trouver l’argent pour aller me faire soigner à l’extérieur du pays. »

Muhindo Kamate Jeana été obligé de vendre tout pour son remède. Il est parti d’abord à Kampala et là, les spécialistes ont fait mention d’une intervention chirurgicale au niveau de l’Inde pour enlever la tumeur au niveau du crâne.

En effet, selon le site Hospics civils de Lyon (HCL), l’objectif du traitement de l’acromégalie est double : d’une part, stopper la progression de la tumeur et atténuer les symptômes, et d’autre part normaliser le taux d’hormone de croissance pour enrayer l’évolution de la maladie. Ce double traitement se fait par 3 types dont chirurgical, radiothérapie et par des médicaments.

Devant ces 3 possibilités, Muhindo Kamate Jean était candidat à la chirurgie.

« Je voyais ma mort arrivée, j’étais désespérément désespéré car je n’avais pas les moyens pour ça. Je me voyais déjà dans un cercueil. », explique tout en fondant en larmes.

Nous avons rencontré Muhindo Kamate Jean à Lubero-centre. Son histoire tellement touchante est un témoignage de réussite. Il est aujourd’hui en bonne santé, mais comment a-t-il eu ce remède ?

De gauche à droite : Sosthène Maombi, Norbert Kantitima et Muhindo Kamate Jean

« On a toujours dit que Dieu passe à travers les humains et se manifestent. J’en ai été témoin ».

5ans après son retour de Kampala où Muhindo Kamate Jean attendait sa mort impatiemment, un ami lui décroche une audience à un homme politique de la région pour lui parler de son cas.

« Je pensais que ce n’était pas utile de déranger les gens avec ma maladie. Un ami a insisté pour que je rencontre le député national Maombi Katsongo Sosthène qui séjournait en Juin 2023 à Kanyabayonga. L’audience était porteuse d’espoir. Je lui avais transmis tous les rapports médicaux sur ma situation et à Kinshasa il s’est vu avec l’autre politicien Norbert Kantitima Basengezi pour étudier mon cas. Les médecins spécialistes ont précisé qu’il me fallait près de 30 000 dollars américains pour que l’intervention chirurgicale soit possible. »

Selon toujours le site internet Hospics civils de Lyon, le traitement chirurgical de l’acromégalie consiste à retirer l’adénome hypophysaire. Le plus souvent, l’adénome peut être retiré par voie nasale (le chirurgien n’a alors pas besoin d’ouvrir le crâne). Exceptionnellement, certains adénomes de taille importante doivent être retirés en ouvrant la boîte crânienne.
L’opération très difficile et dure plusieurs heures permet de rétablir une sécrétion normale de l’hormone de croissance chez 80 à 90 % des personnes ayant un adénome suffisamment petit pour être ôté par voie nasale (microadénomes). En revanche, ce résultat n’est obtenu que chez 50 à 60 % des personnes qui présentent un adénome de grande taille (macroadénome, de diamètre supérieur à 10 mm).

“Une épreuve difficile mais salutaire”

« Déjà les deux hommes politiques dont le député national Maombi Katsongo Sosthène et l’autorité morale du parti alliance des nationalistes pour un Congo Émergent (ANCE), Norbert Kantitima Basengezi se sont portés garant pour ma prise en charge. J’étais obligé de passer par cette épreuve difficile. Ils m’ont payé le billet d’avion et tout mon séjour à Kinshasa, j’ai repris les examens du début et j’ai été soigné d’une manière professionnelle jusqu’à ma guérison. »

Tout souriant, Muhindo Kamate Jean dit se sentir mieux et alors très mieux. Il a décidé de raconter au monde sa miraculeuse guérison. Âgé de plus de 45ans, il se voit jeune maintenant ayant passé une moitié de sa vie dans la souffrance.

« Je suis enseignant au sein de l’Institut Visogho de Kanyabayonga. Je me sens maintenant comme un jeune garçon de 10ans [rires]. Je suis né de nouveau. Je fais ce témoignage pour montrer à la face du monde ce que Dieu a fait pour moi à partir de ces deux hommes. Ils ne sont pas de ma famille, ils ne m’ont jamais connu dans le passé, mais ils m’ont traité comme si j’étais de la famille. Mille mercis à Maombi Katsongo Sosthène, mille mercis à Norbert Kantitima Basengezi, seul Dieu pourra vous restituer tout ce dont vous avez perdu pour ma guérison. Mille merci à tous les professionnels soignants qui se sont impliqués depuis 2002. Merci à toute la population pour vos prières », a-t-il dit tout en fondant en larmes.

Déjà né dans la région secouée par l’insécurité, Kasereka Kamate Jean ne pouvait plus espérer être soigné un jour de sa tumeur. La région de Kibirizi-Kanyabayonga fait face aujourd’hui à l’agression des rebelles du M23 ayant près de 7 millions de personnes sur la voie d’exil. Les hôpitaux et centres de santé sont fermés et d’autres fonctionnent au ralentie depuis l’occupation rebelle dans plusieurs villages de la chefferie de Bwito. L’accès aux soins de santé de qualité est un problème dans cette zone.

Asaph LITIMIRE