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Éditorial : Quand le sensationnel chasse la bonne information : retour sur la visite de la ministre de la Jeunesse à Beni

La récente visite de la ministre nationale de la Jeunesse à Beni aurait dû marquer un tournant dans la prise en compte des besoins spécifiques de la jeunesse du Nord-Kivu. Le mémorandum présenté par les jeunes, véritable cahier des charges structuré et réfléchi, devait constituer l’axe central de cette mission. Pourtant, ce message fort a été éclipsé par une série d’événements secondaires, amplifiés par une communication maladroite et une soif insatiable de sensationnel.

  1. Le selfie qui divise
    Parmi les faits les plus commentés, la prise d’un selfie par la ministre elle-même avec les officiels de la province du Nord-Kivu a provoqué un vif débat. Certains ont estimé que cette tâche revenait à son équipe de communication, d’autres ont vu en ce geste une volonté de proximité affective. Quoi qu’il en soit, ce détail mineur a capté l’attention au détriment du contenu et de la portée de la rencontre.
  2. L’affaire Werrason : une demande déplacée ou mal relayée ?

Un autre fait a suscité la controverse : la demande adressée à la ministre par une structure culturelle de Beni pour inviter le musicien Werrason dans leur festival de paix. Bien que légitime dans son intention, cette requête a été faite dans un cadre officiel inapproprié. Il convient de rappeler que l’agenda d’un artiste de cette envergure relève de contrats privés avec sa maison de production, non de décisions politiques. Cette demande, sortie de son contexte, a été exploitée pour donner une image réductrice et injuste d’une jeunesse préoccupée uniquement par les loisirs. Une représentation biaisée, voire manipulée, qui trahit les vraies priorités de la jeunesse de Beni.

  1. Soupçon de détournement : la polémique des frais de transport

Dernière polémique : la gestion présumée opaque des frais de transport que la ministre aurait alloués aux jeunes venus l’accueillir. Des rumeurs de détournement ont circulé, accompagnées d’accusations non vérifiées. Ce climat de suspicion récurrent rappelle un mal plus profond : la tendance à croire que toute visite officielle est accompagnée de fonds à partager.

Ces trois éléments ont suffi à occulter les vraies raisons de la mission ministérielle. Ce déplacement avait pourtant permis à la jeunesse de faire entendre sa voix à travers un mémorandum clair, structuré et porteur d’espoir. Il appartient désormais aux autorités et aux communicateurs d’en valoriser le contenu, et aux médias de ne pas céder au piège du sensationnel.

La jeunesse de Beni n’est pas une bande de fêtards déconnectés. Elle est une force vive, porteuse d’idées et d’initiatives. À condition qu’on l’écoute… et qu’on la représente avec dignité.

Robert TSONGO


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